20 mai 2014

L'Italie comme dans les films, ou comment j'ai passé quelques jours chez les ancêtres des Argentins


Il existe un village, quelque part au sud de l'Italie, perché sur les hauteurs de Salerno, à une heure de Naples. Je tairai son nom, certains secrets valent mieux d'être gardés. On y surplombe l'arrière pays de la cote amalfitaine, ses oliviers à perte de vue, ses montagnes, et au fond à l'horizon on peut contempler la mer Méditerrannée qui s'étend de tout son long.

On y parle une langue étrange, le dialecte napolitain, incompréhensible pour les non-natifs de cette région, et plutôt à un volume très très fort, un peu comme si son interlocuteur se trouvait à l'étage en dessous. Le peu d'italien que je baragouine me sert à répondre aux questions que l'on me pose lorsque les gens passent alors du dialecte à l'italien, par politesse. Peu m'importe finalement la langue utilisée, ici on parle avec les mains, le sourire et le coeur. On communique par la cuisine, le silence qui s'impose lorsqu'on goûte les bons plats de la mama, les soupirs qui s'en suivent pour montrer son contentement, l'assiette que l'on retend, même repue, car on peur de ne plus jamais manger aussi bien de sa vie.






C'est l'Italie comme dans les films, l'Italie des clichés, l'Italie du sud, celle du linge pendu aux fenêtres, des scooters où l'on monte à trois, des champs d'oliviers et de leur huile omniprésente dans la cuisine, des veuves en noir. C'est l'Italie des meilleures pizzas, pâtes, glaces et café de votre vie (on apprécie la tentative des Argentins à s'en approcher mais désolée les gars, il vous reste du chemin à faire). L'Italie des Fiat 500, de toutes les couleurs.


C'est l'Italie du tous ensemble : toute la famille vit dans un périmètre de 50 mètres : la grand-mère dans la même maison l'étage en dessous, l'oncle, le petit dernier des trois fils, toujours fourré chez elle à 50 ans passés, le frère qui vit dans la même rue un peu plus loin, la tante qui vit en face et les divers cousins dans le même village.

La conduite y est free-style mais Dieu nous protège. A mobylette ou scooter sans casque, en voiture sans ceinture, les lois de la prévention routière ne sont pas arrivées encore jusqu'au village. En revanche Jesus est en sticker sur le pare-brise. Avec ça nous voilà bien protégés.
Un autre qui nous protège là-bas, c'est Santo Michele, en figurine sur la cheminée, sur la table de chevet et en peinture accroché au mur. Au cas où on le perde de vue. Et on l'embrasse bien sûr avant de sortir de la maison. Et puis enfin, Santa Madonna, qu'on place dans la conversation, un peu comme pour dire "mama mia".

L'Italie, je l'avais déjà effleurée à Buenos Aires, grâce à mon amie Carmen il y a quelques années (voir son portrait ici). Aussi je n'ai pu résister à son invitation de passer quelques jours dans son village natal. Carmen dans son village tout le monde la connaît. Un jour dans le bus qui nous menait de son village à la ville voisine, le chauffeur lui demande d'où elle vient et là on entend un papi au fond du bus crier "Mais tu ne la reconnais pas, c'est la fille xxxxx !"
Lorsqu'elle revient au village, quelques fois par an, c'est une star. A sa vue la tenancière du café s'étale littéralement de tout son corps sur le comptoir du bar pour pouvoir la serrer dans ses bas. J'ai vu le moment où elle allait valdinguer de l'autre côté, mais non, elle a géré. On montre ses sentiments, ça s'embrasse, ca se serre dans les bras, longtemps.

Autre signe qui m'a rappelé l'Argentine, on complimente, entre hommes et femmes et entre femmes. Sa tante, sa grand-mère, sa mère, son oncle, tout le monde m'a dit dans la même phrase "enchanté/ée" et "que bella", comme ça, d'entrée. Bonjour que tu es belle. Une fois, deux fois, trois fois, c'est bon, mon égo est au top, je me sens Claudia Schiffer en moins de deux. Franchement, c'est pas la classe ? Si en France on s'adressait comme ça les uns aux autres, ça nous détendrait du string, non ?

Comme dans tous les villages, il y a des histoires, d'amour toujours. J'ai assisté en quelques jours à un vaudeville digne de Jean de Florette. Il s'agissait d'un amour impossible entre 2 adolescents du village, un peu trop jeunes pour s'aimer selon leurs parents respectifs. C'était le sujet de conversation de la semaine. S'en est suivi le départ de la soeur de Carmen chez son amie pour la consoler, son retour à la maison vers les minuit et son débriefing apès de la famille, puis l'arrivée à la même heure du Romeo de son amie, venu s'expliquer et donner sa version. Il semble que chez Carmen ce soit le lieu où se règlent les affaires importantes du village. Nous voilà donc en train d'écouter l'amoureux transi jusqu'à 3h du mat, véridique.
Le lendemain, cette fois-ci c'était le tour du petit cousin de 20 ans qui nous emmènait en voiture. Voilà qu'il nous raconte le temps du trajet son histoire d'amour avec une femme plus âgée que lui, et nous demande notre avis, cash, sans pudeur, comme les taxis porteños !

Les Tamarro sont à l'Italie ce que les cagoles sont au sud-est de la France. Ils existent en version femme et homme. Les femmes sont en habits moulants, blancs, roses clairs, décolletés, bon disons que rien de transcendant. Les Tamarro hommes, eux, en revanche, offrent un spectacle unique. Ils ont des brillants à l'oreille, style gros diams comme dans les clips de hip-hop, des tatouages, ils s'épilent les sourcils, et tout le reste aussi m'a-t-on dit, font des manicures et pédicures, métrosexuels à outrance donc. Ils portent des couleurs claires, tee-shirt moulants blancs, roses, avec col en V qui laissent deviner la naissance des pectoraux soigneusement dessinés des heures durant en salle de gym. Ils portent des mocassins ou des chaussures de marque Hogan, ou bien ces pantalons qui baillent à l'entrejambe, les "baggy sarouel", genre "je me suis fait dessus". Grande mode en Italie en ce moment. On en a vu beaucoup à Naples des Tamarro, et on s'est bien marré.
Apparté sur Naples, courez-y !!! J'y étais un dimanche et je n'ai pas du tout souffert du chaos qui y règne en semaine. C'est une architecture magnifique avec la Méditerranée et le Vésuve en toile de fond, une sorte de Barcelone avant que Barcelone ne vende son âme au diable et que des groupes d'Anglais bourrés ne dévalent ses ramblas.

La drague, comme en Argentine, est omniprésente, c'est le serveur qui balance à Carmen qu'elle ressemble à Giulia Michelini en lui servant sa pizza, un petit jeune qui sachant que j'étais française se décarcasse pour me sortir 3 compliments en français, langue dont il ignorait tout visiblement. Ce sont les sourires, les regards, à la moindre occasion.

Les représentants... vaste sujet. Comme nous sommes dans le sud de l'Italie et que les perspectives d'emploi ne sont pas florissantes, il est à la mode d'être représentant : omprendre faire du porte à porte et vendre des articles divers et variés. Le frère de Carmen, lui, a bien compris le filon et est représentant en... lingerie ! Il est à noter un détail qui a toute son importance, il est beau comme un camion, comme un dieu de l'Olympe, c'est la réincarnation d'Alain Delon quand il était encore jeune (et pas facho). Sa mère me dit en riant qu'il ne connaît pas la crise. TU M'ETONNES SIMONE !!! Un beau mec qui vient sonner chez toi te vendre des tangas et des soutien-gorges, c'est un hold-up ! Moi à son frérot je lui achète sa voiture s'il faut ! Maintenant il embarque avec lui dans ses virées son jeune cousin, aussi prometteur que lui. Le duo qui tue. Je les imagine tous les deux sillonner les routes de l'Italie et débarquer chez les mamies, ils doivent en laisser plus d'une bien songeuses après leur départ...

Pour être complète sur mon expérience italienne, je ne pourrais pas ne pas parler de foot, et de la passion pour le foot. J'ai expérimenté le match dominical d'Alain Delon, donc du frère pour ceux qui suivent. Match inter-village qui me rappelait ceux du Gers, c'est à dire, je ne veux pas être méchante, d'un niveau inter-village donc, à ceci près qu'en Italie lorsqu'on voit et que surtout on écoute le public on a l'impression d'assister à la finale du Championnat du Monde Italie-Brésil. Preuve en vidéo !



Pour finir, le départ.... Grand souvenir également. La veille, Carmen eût la bonne idée de me demander de lire à voix haute les notes qu'elle me voyait gribouiller sur mon carnet. Je les lui ai donc lues et elle a aussitôt expliqué à sa famille que j'avais un blog et que j'allais raconter ces histoires sur internet. Me voilà donc en train d'expliquer les stickers de Jésus, qu'ils parlent fort, qu'ils conduisent sans ceinture, des histoires d'amour du village, des représentants, et sa famille de rire aux éclats et de me dire qu'ils attendent mon compte-rendu avec impatience.
Le lendemain matin, Carmen me presse et je ne comprenais pas trop, vu que notre train pour Rome partait quelques heures plus tard. Je me prépare sans poser de question, descends d'un étage, vais saluer la grand-mère, qui me redit que je suis belle, que la vie de maintenant est difficile, que les hommes ne sont plus pareils, qu'elle a été heureuse pendant 60 ans avec son mari toujours fidèle, mais que maintenant ça a changé tout ça (non, vraiment ?). Au passage je vois une casserole dans le feu de cheminée et hallucine totalement. Oui, comme elle a le temps, elle cuisine encore au feu de bois, pour elle et ses enfants à qui elle fait des petites rations. On goûte, c'est mortellement bon, elle nous donne la recette, on goûte à nouveau, je pense que je serais bien restée pour un repas de plus mais on doit partir.
On sort finalement de la maison, on arrive sur la place du village, et là je comprends enfin. On ne part pas du village comme ça. On reste sur la place et les amis et famille viennent te saluer. Apparaissent Alain Delon qui vit dans la même rue un peu plus loin, la tante qui vit en face, les vendeuses du magasin d'à côté, et là, le comble, l'oncle passe en bus, je réalise alors en même temps qu'il est donc le chauffeur, et s'arrête sur la place, tranquille Basile, avec ses passagers qui attendent patiemment, pour faire une dernière bise à Carmen.  Je me sens tout d'une coup ridicule d'avoir pensé qu'on sortirait de la maison et qu'on partirait directement à la gare. Ici on se salue, on se parle une dernière fois, on fait une dernière bise, on te dit une énième fois que tu es belle et tu repars, le coeur gonflé à bloc, te sentant aimée, attendue pour une autre fois, et faisant partie de la famille.
Inutile de pousser davantage le parallèle avec l'Argentine... Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne sont absolument pas fortuites et c'est pour cela que je reviendrai ! GRAZIE MILLE !!!

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LEXIQUE DE GROS MOTS EN ITALIEN OU DIALECTE NAPOLITAIN
Sta Stronza : connasse
A fess e mamatta : la concha de tu madre
Figlia di puttana / Figl e puttan: c'est transparent !
Mannaggia
Porca putana troia
Managggia Cristoforo Colombo
Catzo : comme on dit "putain" en français, un peu dans n'importe quelle occasion

3 commentaires:

Olivier D a dit…

C'est vrai que Buenos-Aires est vraiment italienne... (Pliu du sud que du nord d'ailleurs...) D'ailleurs lors de les premiers jours dans la capitale, je fus surpris par l'intonation des Porteńos et me retournais dans la rue persuadés qu'ils parlaient italien.
En étant cynique, disons que leur descendance "terrone" explique beaucoup de choses...
Abrazos...

Anonyme a dit…

Hola Fanny,
no sabes las gracias que me das siempre que te puedo leer.
Con todo mi carino,
tof

Fanny Dumond DestinoBuenosAires a dit…

Grazie mille Olivier D et tof, mais qui es-tu tof ??? on se connaît ? je suis très curieuse de savoir qui se cache derrière ces trois lettres :-)