13 mars 2014

3 expressions argentines "foutage de gueule"

J'avoue que j'ai tapé "foutage de gueule" dans Google Images 
et c'est ce qui m'est apparu. Faites le test !

L'autre soir, avec des amis argentins dont certains vivent en France et étaient de passage à Buenos Aires, on a exploré ces expressions typiquement argentines bien "foutage de gueule" (pardonnez moi le manque le poésie), une autre facette bien rigolotte de l'ArgentinAttitude.
En voici 3, largement employées, pour décrire des situations socialement acceptées ici mais qui rendraient chèvre n'importe quel français en France.

- "Me colgue", littéralement "je me suis pendu"
Comprendre "j'ai été dans un état de lévitation, songe ou rêverie tel que j'ai oublié le monde qui m'entourait. Expression utilisée pour dire
- que tu es resté faire quelque chose pendant longtemps (tu as passé 2 heures dans la salle de bain)
- ou que tu as tardé ou oublié de faire quelque chose. Et c'est dans ce contexte que cette expression me rend dingue. Ce quelque chose pouvant être un service que l'on devait rendre à quelqu'un, un travail que l'on devait remettre, un rendez-vous où l'on est arrivé en retard, ou que l'on a directement oublié, un coup de téléphone que l'on devait passer. En français avouer que l'on a oublié c'est déjà admettre une faute, ici dire "me colgue" est comme une justification de l'oubli.
Application dans la vie de tous les jours
"Me colgue mirando la tele, perdon": comprendre mon film était bien plus intéressant que ce que j'avais à faire, c'est à dire venir te voir à 15h, du coup c'est pour cela que j'arrive à 16h.
"Uy, me colgue, me olvide de darte la plata, perdon": comprendre je te prends pour un(e) con(nne) et je veux te faire croire que pendant 15 jours j'ai oublié de te rendre l'argent que je te devais

- "Se me complico", littéralement "les choses se sont compliquées"
Comprendre "j'ai eu des problèmes mais je ne vais pas m'abaisser à te les raconter"
Expression socialement acceptée et qui se suffit à elle-même. Encore plus forte que "me colgue". Là, quand on te dit ça, tu ne demandes même plus d'explication, voir limite tu vas demander à ton interlocuteur s'il va bien. Il est déjà d'ailleurs tout à fait pardonné, il n'a pas à s'expliquer sur ce qui lui est arrivé. Se le complico, pobrecito.Punto. Expression encore plus foutage de gueule que la précédente. Mais personne n'insiste pour demander ce qui s'est passé exactement. Marche à tous les coups, à dire avec un air triste pour bien faire pitié et faire croire que tu as enterré 3 grand-mères dans la même semaine.

- "Se cayo el systema", littéralement "le système (informatique) est tombé"
Comprendre "mon ordinateur rame, il y a un bug, je vais devoir redémarrer, je ne sais pas si ça va marcher après, mais dans le doute que je te dis - se cayo el systema- pour que tu rentres chez toi car j'ai pas envie d'avoir 10 clients qui attendent dans mon bureau"
Cela arrive tous les jours à Buenos Aires, à la banque, lorsque tu viens payer une facture de gaz, électricité, à une billeterie de spectacle, dans n'importe quel magasin qui facture depuis un ordinateur. Quand on te dit ça, après 30 mn d'attente debout, sans climatisation, quand la transpiration commence à dessiner un petit ruisseau dans ton dos, tu peux
- faire la française, gueuler pour te décharger, menacer de mettre le feu et rentrer chez toi.
- ou bien faire à l'Argentine, plaisanter avec ton voisin dans la file que décidément c'est pas ta journée et rentrer chez toi.
La solution 2 te prenant moins d'énergie, c'est bien évidemment celle qui est la plus répandue ici.
Cela ne viendra à l'esprit de personne de rester un peu dans le bureau en question pour voir si éventuellement le système informatique ne redémarre pas dans 5 mn. C'est socialement accepté que le problème ne sera pas résolu avant le lendemain et que donc il faut rentrer chez soi, c'est comme ça.

Conclusion, avec le temps, on s'argentinise, après s'être énervé contre ces expressions on apprend à les utiliser soi-même, et lorsqu'on voit que ça passe comme une lettre à la poste, j'avoue qu'on jubile un peu de l'intérieur...

6 commentaires:

Unknown a dit…

Génial, Fanny: chapeau. Je me ris quand je lis ton blog (des fois, avec un peu de honte) sur nous, les porteños. Félicitations!
Cordialement,
Flavio

sanspapiers a dit…

Genial!! felicitaciones

babeth a dit…

superbe.J ai bien ri.Merci

Anonyme a dit…

LOL! et oui les argentins avons aussi de défaut. Par contre je pense que "me colgué" c'est plutôt comment dire "je me suis raccroché" comme le téléphone)sinon super ton blog..

anne szt a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Lhispagnola a dit…

"se cayo el sistema" je l'entends chaque fois que je vais prendre une bicy gratuite à côté de mon boulot.. ça va finir que c'est ma main qui va caer sur sa tête à ce gars car ma patience à ses limites..

Merci pour tout ces articles si drôles et vrais sur buenos aires et ses porteños :)