25 septembre 2013

ArgentinAttitude ou quelques trucs pour se sentir mieux


On a parlé de l'ArgentinAttitude dans l'émission "Allo la Planète" sur la radio Le Mouv ! Interview le 11 novembre 2013


Depuis presque 5 années passées en Argentine, j'ai souvent été inspirée et admirative devant certaines attitudes que je qualiferais d'"argentines", bien différentes de celles qui sont les miennes et celles de  mes compatriotes, plutôt "françaises" donc. J'ai souvent eu la sensation que la vie était différente ici, même si nous jonglons tous, et partout sur la planète, avec l'amour, le boulot, la santé ect. Ici l'ArgentinAttitude rend la vie plus légère, plus intense, et moins angoissante. Je le vérifie tous les jours et ça marche !

Vis le moment présent
L'Argentin compte beaucoup moins de certitudes que nous. Pour son histoire, la politique, l'économie, les prix du supermarché, tout cela change d'un mois à l'autre. Les alarmistes parlent depuis 10 ans de la forte probabilité d'une nouvelle dévaluation... Alors, qu'est-ce qu'on fait face à l'avenir incertain ? On s'assoit et on pleure ? L'Argentin, lui, vit le moment présent.
L'Argentin ne prévoit pas 6 mois avant où passer sa 5ème ou 6ème semaine de vacances, car il n'en a généralement que 2, et ne pourra peut-être finalement pas partir, ou peut-être que si, il le verra sur le moment. Le résultat est qu'en ayant beaucoup moins d'expectatives sur le futur, il sera d'autant plus motivé pour profiter de son mardi soir et pour organiser un dîner de dernière minute. Il aura donc un effet de surprise, lui et ses amis, qui n'avaient pas non plus prévu quoi que ce soit ce soir-là. L'imprévu apporte son lot d'adrénaline et rompt avec la routine. On ne parle pas trop en général de ce qu'on pourrait faire le mois prochain, mais plutôt de quoi faire dans les 3 jours. Du coup pas besoin d'agenda. Il est dur de convenir un lundi ou un mardi  d'un programme pour le week-end. Tu peux essayer, envoyer un mail à tes amis argentins, proposer une sortie pour le dimanche, bide assuré. Réessaie plutôt vendredi. En revanche, tu peux annoncer le jour même que c'est ton anniversaire. Et 80% des invités seront présents. Parce qu'ils sont flexibles, ce qui m'amène au point n°2.

Flexible tu seras, et les autres le seront avec toi
Face aux événements de la vie, chômage, crise économique, que fait-on face à l'adversité ? On s'assoit et on pleure ? L'Argentin, lui, s'adapte.  Il ne pensera pas à demander une aide des allocs ou une subvention, parce que ça n'existe pas. L'Argentin lui, recycle, répare, invente, change de métier, entreprend, accepte que cela ne se passe pas comme c'était prévu. Preuve en est la remarquable inventivité argentine (empreintes digitales, le stylo, la transfusion sanguine, l'hélicoptère, les dessins animés, les feux rouges et la canne blanche pour les non-voyants, le déodorant à bille, la seringue jetable, le briquet allume-gaz et le fameux dulce de leche!)
Un article récent de la Nacion illustre justement cette extraordinaire faculté. On appelle ça aussi la "viveza criolla", concept qui a même sa page sur Wikipedia. Attention ce terme est aussi utilisé dans le mauvais sens, pour expliquer la tendance à contourner la loi. On dit "Hecha la ley, hecha la trampa" pour dire que dès qu'il y a une loi, il existe le moyen de passer outre. Et oui, la flexibilité et l'inventivité argentine peut avoir aussi ses mauvais côtés. Moi je dirais que la viveza criolla pourrait se résumer à "Hecha la vida, hecha la vuelta". C'est un art de vivre et une philosophie de vie, et une qualité de survivance admirable.
La flexibilité se ressent également par rapport aux impératifs que nous nous mettons en tête, nous Français. Ici on ressent ce confort de pouvoir prendre le train en cours de route, d'en descendre et d'y remonter plus tard. Pas d'obligation de finir tes études à 23 ans. Tu as besoin d'argent et dois travailler, et tu n'as plus le temps d'étudier pour la fac ? C'est pas grave, tu arrêtes une année, ou plus, ou tu décides de ne passer que quelques matières. Tu finis ta "carrera" (ton diplôme universitaire) à 30 passés ? Il est où le problème ? Personne ne jugera que tu es un fainéant. Tu t'es adapté aux circonstances de la vie, comme tout le monde. Et ton employeur comprendra.
Tu veux changer de voie à 25 ans ? A 30 ans ? Vas-y, fais le test, et annonce à tes amis en France que tu veux repartir à zéro et étudier le mandarin. Ici, au contraire, tu sens que quelque soit ton âge ta vie n'est pas encore figée et que tu as droit non pas à l'erreur (pensée française), mais au changement. Tu ne passeras pas pour le débile de ton groupe d'amis, personne ne considérera que tu as "perdu" ton temps.

Sois enthousiaste ou mets de la "buena onda" dans ta vie
Comment dit-on en français que l'on a passé un bon moment ? C'était "super", "top","génial" ou "chanmé" (si tu as moins de 25 ans). Ici c'est barbaro, (muy/re) bueno (isimo),  (muy/re) lindo (isimo), genial, increible, de puta madre, lo pasaste bomba, te encanto. Comptez-les, avec les variantes "muy" ou"re"avant ou "isimo" à la fin, on a déjà plus de 10 possibilités. Tout est dit. L'Argentin n'hésite pas à se montrer enthousiaste, quand le Français, lui, a du mal à exprimer son contentement et se sentira "cool" de faire son blasé. On l'entendra souvent dire cette expression horrible "c'est pas mal" (penses-y la prochaine fois que cette expression te viendra à l'esprit, fais l'exercice de dire que c'était "très bien").
L'enthousiasme argentin est une sorte de candeur (pas de naïveté, non), d'attitude positive innée, une désinhibition, une propension à se laisser agréablement surprendre et à célébrer les bonnes choses (voir Faites la fête). C'est une passion pour le foot, les femmes,  pour la vie en général. Et la passion c'est bon !
On pourra rapprocher l'enthousiasme argentin à la tendance anglo-saxonne à dire "amazing" ou "great" à tout bout de champ, ou à applaudir le pilote quand l'avion atterrit (qui ne s'est pas déjà moqué des gringos qui font à ça, levez le doigt !)
Dans la vie de tous les jours, l'enthousiasme se traduit par une volonté d'aller de l'avant, une facilité à se lâcher, à parler un peu fort sans gêne, à parler dans une langue étrangère sans honte et même avec un accent à couper au couteau, à sourire spontanément, à recevoir un inconnu avec le sourire et en partant de l'apriori que tu t'entendras bien avec lui, à s'interresser à son interlocuteur et avoir envie de partager un bon moment, même éphémère et sans lendemain (voir Argentine anti-blues). C'est un peu tout ça la buena onda.
Leur enthousiasme et leur désinhibition  se retrouvent mêlés dans les contacts physiques. Ici on n'a pas peur de se toucher, de se prendre dans les bras. L'"abrazo", équivalent du "hug" anglo-saxon, mais en plus câlin encore, est de règle lorsqu'on retrouve un ami. Il n'y a qu'à faire le test de l'aéroport, chose qu'il m'amuse de faire lorsque je voyage. Observer les gens qui se retrouvent ou se séparent. En France 2 bises vite fait. En Argentine : une avalanche d'abrazos et de besos (le Brésil a tout de même la palme en la matière). Pour l'anecdote ici on fera la bise à son chef, au médecin ou au dentiste, sic, bref aux inconnus. Et on se sentira très conne lorsque, de retour en France en vacances, spontanément on ira taper la bise au voisin ou à sa boulangère, du jamais vu ! Le réflexe de la bise à tout le monde est dur à perdre.

Cultive ton jardin 
Une facette argentine que j'adore, c'est bien ce soucis de remplir sa vie personnelle. Cela passe par une curiosité intellectuelle étonnante, quel que soit l'âge, la situation de famille, sa condition sociale. Ici tu trouveras normal que le menuisier de 50 ans prenne des cours d'italien avec toi, trentenaire désoeuvrée (vécu), ou que ta collègue mère de 3 enfants prenne des cours de danse orientale (vécu). Du coup tu te retrouveras toi-même à prendre des cours de claquettes, comme ça du jour au lendemain (vécu). Il faut dire aussi que l'offre culturelle pléthorique de Buenos Aires aide beaucoup, mais quand même. L'attitude est indéniable. On ne choisit pas forcément son job, son gagne-pain, mais occuper son temps libre si dépend de chacun. Pour cette raison, on te demandera souvent ce que tu fais, à côté de ton travail. Car c'est un concept en soi, l'activité, le passe-temps ou la passion, et cela te définit tout autant que tes études ou ton job actuel.
Une autre façon de décompresser, et de cultiver sa vie sociale, quand on ne choisit pas ses journées, c'est sortir la nuit. J'ai en déjà parlé ici. Ici les nuits sont longues et intenses, et Buenos Aires offre mille et une possibilité pour tous les âges. Un simple exemple, ici les séniors tangueros se mettent sur leur 31 et peuvent taquiner la piste de danse tous les soirs de la semaine jusqu'à 5h du matin. C'est pas beau ça ? Maintenant, pensez à vos (grands)mères, en France, qu'est-ce qu'elles donneraient pour connaître ce frisson nocturne et musical ?
L'Argentin cultive aussi ses amitiés. A Buenos Aires, c'est assez frappant de voir que les porteños ayant grandi dans la capitale possèdent facilement plusieurs groupes d'amis depuis l'enfance ou l'adolescence. Chose qu'en France, mobilité oblige, il serait bien plus difficile de conserver. Il ou elle aura donc ses amis du colegio, de la fac, du football, du quartier, du travail. A noter que les groupes ne seront pas mixtes  car malheureusement, l'amitié homme/femme n'est pas le point fort des Argentins, il faut le reconnaître. Tous ces groupes se fréquentent donc, de près ou de loin, des années durant. C'est parfois vécu comme un cérémonial obligé, mais la tradition veut qu'on garde contact. Le point d'orgue de cette amistadmania est le fameux Dia del Amigo. On pourra dire que c'est artificiel, marketing, ce qu'on voudra, n'empêche, l'intention est là et recevoir un petit texto ce jour-là est savoureux.
Enfin, en plus de ses amis, de la famille, l'Argentin, et ce en province comme dans la capitale, sait cultiver le lien social en général, il discutera avec le papi qui attend le bus, ou en traversant la rue, ou en en faisant la queue, écoutera les anecdotes du chauffeur de taxi, bref saura parler avec un inconnu et même y prendre plaisir. Un truc de dingue quand on y pense : nouer une conversation avec quelqu'un qu'on ne connaît pas, rendez-vous compte !! Vas-y, fais le test et ta mission sera de parler 4 phrases avec un inconnu. Tu te sens capable ? Ou tu as peur de faire peur à votre interlocuteur ? Haha, bonne question ! Bon pour les trouillard(e)s, j'ai un plan, ça s'appelle faire un stage, destino Buenos Aires :-)

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Bersuit Vergarabat - La Argentinidad al Palo - voir paroles ici


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article repris sur Le Petit Hergé / Agoravox

12 commentaires:

quirquinchos a dit…

que reee lindo !!! me reconozco, me alegra y me hace rescatar esta mezcolanza franco - argenta!! Esta rosarina-barilochense viviendo en el GERS te saluda, con la misma calidez de la gente que nos rodea!! beso!

Gabriel a dit…

Muy lindo tu Blog, Estoy en Francia y tus articulos me traen muchos recuerdos...

nikolas lopez a dit…

uffffffffffffffff cuanta razon tenes por favor me siento tan identificado yo soy Argentno y hace dos años que vivo e Nice france y extraño tanto pero tanto los argentinos y la ciudad aunque yo tengo la misma forma de actuar que alla qe si algo sale mal de pensar despues no importa la proxima va a salir mejor y con todo el entusiasmooo la verdad sos una geniaaa me gustaria contactarte yo voy en marzo a argentina

gaïa michèle nocera a dit…

Relindo !

Fanny a dit…

hola muchas gracias por sus comentarios ! Me llegan directo al corazon.
quirquinchos NO LO PUEDO CREER que vivas en el Gers, por favor pasame tus datos por mail fannydumond@hotmail.com.
Igual para vos Nikolas, mandame un mail.
Besos a todos, gracias por leerme y por el aguante, vamos Argentina !

Osvaldo Mansilla a dit…

Totalmente de acuerdo.. Que bueno que te olvidaste del lado oscuro de la Luna... jajaj

Javier Parrinello a dit…

Muy bueno te comento que tengo 23 años y vivo en Paris, me gusto mucho tu texto te invito a que pases por mi canal de youtube.com/theuanaskaiter donde muestro la vida de un argentino en Francia :) muchas gracias!!

Anonyme a dit…

Fany!! increible publicaron tu blog en un grupo de argentinos viviendo en Francia en FAcebook y la verdad que es algo increiblemente positivo ver la contraparte de alguien de Francia viviendo en Argentina.
Yo estoy viviendo la situación inversa. Estuve en el sur de Francia 3 meses, en Toulouse y ahora en París.
Te felicito por tu blog y por como escribis, le pones buena onda!!
Saludos desde Francia!
Emiliano

Fanny Dumond a dit…

Hola Javier voy a pasar a ver tus videos obvio.
Javier no sabes como me encanta cuando leo comentarios de argentinos viviendo en mi pais, y de saber que les gusta lo que escribo. Quien me pueda entender mejor que un argentino/a que viva en mi pais !
Si esta buenisimo poder intercambiar y ver la contraparte. Aca conosco muchos argentinos que estuvuieron un tiempo en mi pais y me encanta cuando hablamos de las experiencias de cada uno en el pais del otro, de cada anectoda, y como nos reimos.
Yo soy de Toulouse, de muy cerca en realidad, y conosco a un par de argentinos que capaz conociste si anduviste por el bar del Uruguayo, el Chivito de Leo.
Suerte a los 2 por su vida parisina ! besos

artderien a dit…

Intéressant, j'ajouterais...
la buenaonda, belle façon d'être au monde qu'il appartient à chacun de faire voyager ;-)

Facundo a dit…

Muy bueno che (como dijeron antes, te faltó el lado oscuro de la luna). Yo también aprendí acá a ver las cosas buenas de los franceses. Y aprendi a vernos a nosotros mismos, los argentinos, un poco más desde afuera. Un beso! (Para mantener la costumbre)

Fanny Dumond DestinoBuenosAires a dit…

@Facundo, me alegro que puedas ver los lados buenos de los franceses, obviamente tenemos tambien buenas cosas, por suerte ! te mando un beso de vuelta